07 septembre 2006
Cette nuit là (Chine dernière partie octobre 2004)
La lune
était presque pleine au dessus du Mekong
, elle
parvenait à se refléter dans les eaux boueuses du
fleuve, la machinerie infernale s'étant arretée, on
parvenait à entendre, au delà du bruit de l'eau, les
cris de la jungle environnante, les oiseaux de nuit
et les singes s'étaient donné rendez-vous autour de
notre bateau. Pour le moment, j'étais assis sur le pont arrière,
sirotant avec les membres d'équipage un alcool de riz
chinois qui renversait la tête en arrière.
En
finissant mon verre, je les voyais tous rire autour de
moi, sous la lumière conjuguée d'une pauvre ampoule éléctrique et de la lune bleutée. Une vraie ambiance de
marins, à la Hemingway ou à la Mobby Dick... pourtant la
mer était encore à bien des miles devant nous, mais
cette espèce de fraternité sans paroles, celle des
rires poussés bien haut et des couchettes exiguës, était assurément bien présente.
Au petit matin je m'éveillais la tête lourde de
sommeil, avec la cacophonie des moteurs rugissant à fond
de cale.
Je restais couché ainsi pendant une heure ou deux, la
moustiquaire faisant écran entre moi et l'agitation de
la cabine, les membres d'équipage se livraient à un
manège inhabituel, j'entendais les éclats de voix et
sentais par dessus une odeur d'huile étrangement
forte.
après être resté ensablé plus d'une heure la veille,
luttant contre les courants et les tas de sable qui
s'amassaient, nous étions aujourd'hui aux prises avec
de foutus problèmes mécaniques.
Ne pouvant être d'aucune aide, je me mis dans un coin
pour déguster mon riz froid. Peu de temps après,
surgissant des brumes matinales
, une autre péniche
apparaissait au loin, elle se rapprocha doucement de
notre embarcation pour venir nous prêter main forte.
et finalement nous repartîmes...
Dejà à l'horizon, surgissaient les pointes dorées des
stupas birmans, apparaissant au dessus de la cime des
arbres comme des flêches ensoleillées
.
Pourtant, à
bâbord, coté laotien, c'était toujours le même vert
dans toutes ses déclinaisons. C'est à peine si l'on
voyait, de temps à autres, des villages de maisons sur
pilotis, avec de petits cochons noirs s'ébattant dans
la fange boueuse du fleuve.
Puis le Mekong s'élargit, comme pour rendre un hommage
géographique à la croisée des chemins, nous étions
parvenus en plein centre du triangle d'or
. Derrière
moi à quelques mètres, la birmanie, à tribord la
thailande et à bâbord le Laos.
En posant mon sac sur le quai, je pris immédiatement
conscience du changement, comme si en ces trois jours
de navigation
, j'avais changé complètement d'horizon
la même impression que lorsque l'on se réveille pour
voir qu'il a neigé pendant la nuit, tout est pareil et
tout est différent.
Ici, les routes s'étendaient comme
des rubans d'asphalte, sans pointillés boueux pour
ralentir ma course. C'était et de loin l'arrivée la plus aisée qu'il m'ait
été donnée: les douaniers, assis bien tranquillement
dans leurs bureaux climatisés, m'adressèrent de grands
sourires lumineux en me souhaitant la bienvenue. Où étaient donc passés les douaniers russes en treillis
militaires, armés de bérets rouges et d'un masque
patibulaire (mais presque, ha ha!!), où étaient les
douaniers chinois, raides dans leurs uniformes
impeccables et n'accordant même pas le début d'un
sourire?
L'arrivée sur Chiang Mai ne fut qu'une plaisanterie, à
peine drôle en fait, si ce n'est que cette ville du
nord de la Thailande mériterai un autre chapitre... à
suivre donc.
Maintenant, mon ami, mon poto, mon lecteur, à toi la
plume, à toi les doigts, à toi l'inspiration et dis
moi un peu, beaucoup, à la folie, ce qui t'arrive en
ce moment: gambades tu gaiement dans les forêts? fais
tu voler autour de toi les feuilles d'automne, tombées
au sol comme les larmes pourpres d'arbres engourdis?
profites tu des nuits qui s'allongent pour t'adonner à
de multiples fiestas où l'alcool et les mots coulent à
flots?
bref , dis moi avant que je me thai...
je t'embrasse
ivan maltese ... avec le vent comme complice
merci de tout mon coeur large comme le Mekong et
profond comme la fosse des Mariannes à tous ceux qui
m'ont écrit, ils se reconnaîtront, et à tous les
autres, vous n'êtes qu'une bande de rats nauséeux et
nauséabonds, non mais...
Commentaires
Remerciements
Grâce à toi,Ivan le terrible,j'ai traversé les steppes de mes rêves et navigué sur le Mékong.C'était mon premier voyage en blog et j'en ai gardé pour plus tard. Magique! J'ai apprécié tes talents littéraires, j'ai découvert tes humeurs poétiques et bien sûr, j'ai beaucoup ri!Alors, s'il-te-plaît, continue de nous en.. chanter.
A bientôt!
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