14 décembre 2008
Toujours
Le
Népal pour moi, c'est comme un film en accéléré, avec toutes les
images qui défilent dans ma tête, tu sais c'est comme lorsqu'on se
réveille au sortir d'un rêve et ou celui ci est encore net et
précis, plein de couleurs et de fantasmagories, mais ou tu sais
aussi que ces images, dans peu de temps, vont perdre de leur clarté
dans les miettes du petit déjeuner.
Le Népal pour moi, c'est
comme un tableau surréaliste, non,... impressionniste plutôt, des
petites taches de couleurs posées ici et là, avec douceur ou avec
violence, et dont on est obligé de s'éloigner pour en saisir toutes
les nuances.
Les nuances dans les senteurs tout d'abord, celle du
riz lors des moissons, celle de l'encens qui se mêle à celle des
ghats de crémation, le long de la rivière
sacrée.
C'est là,
à Pashupatinath, que les familles en deuil se retrouvent,
espérant toutes, en venant en ce lieu saint, interrompre le cycle
des incarnations de leur mari de leur frère, de leur mari ou de leur
enfant.
En faisant bruler ces corps et en mêlant les cendres au
cours d'eau, l'âme du défunt parviendra peut être à la
délivrance.
Tout autour de la rivière, les temples dédiés à
shiva et à vishnu se succèdent, on peut y voir le peuple singe,
dans un état d'excitation perpétuel, dévorer les offrandes des
fidèles.
Les nuances dans les couleurs, celles que portent les
sadhus, jaune, orange, rouge, leurs longs cheveux emmêlés dans des
dreads informes, celles des drapeaux de prière qui entourent
l'immense stuppa de Budnat comme un écrin et qui, dans les rayons du
soleil,
semblent danser une folle farandole, se découpant dans la
lumière pour mieux rehausser l'éclatante blancheur du monument
bouddhiste.
Les nuances dans les musiques, celles des moines
tibétains, engoncés dans leur tuniques rouges et le crâne rasé,
aux sonorités envoutantes, celles des fanfares funky qui précédent
tout mariage qui se respecte dans les rues de katmandu, et celles des
rickshaws, des klaxons et des marchands ambulants.
Et au milieu de
tout ça, au milieu de toutes ces nuances, il y a les dieux, les
dieux multiformes et labyrinthiques du panthéon hindouiste.
Je me
rappelle encore de cet homme d'affaire en costume, l'attaché-case à
la main et les lunettes sévères, portant ses offrandes au temple,
puis repartant, quelques minutes après, des fleurs dans les cheveux
et des grains de riz collés sur le front, je vois aussi ces draps
mis a sécher sur un stuppa ou sur la statue de garuda, l'homme
oiseau, ou encore de
ces gamines qui avaient passé leur élastique
autour de la statue de la monture de vishnu et qui s'entrainaient à
faire des figures de plus en plus en plus complexes, comme ici en
inde, comme là bas chez toi où que tu sois...
Et puis,
Et
puis il y a Baktapur et Padan, les cousines de Katmandu. aussi
vieilles mais plus calmes, dans les ruelles desquelles j'ai adoré me
promener au vent, sentant les pavés sous mes semelles. Toutes ces
nuances d'ocre, tous ces temples aux etais érotiquement sculptés ou
des éléphants font l'amour dans la position du missionnaire.
Cette
place, recouverte de poteries mises a sécher au soleil, ces parties
de criquet avec les enfants des ruelles, et les yeux des passants et
des passantes, d'un marron parfois si lumineux qu'il semble briller
comme un soleil.
Mais parfois tu le sais mon ami, il faut remettre
son sac sur le dos et abandonner ses amis pour en retrouver d'autres,
sur les rives d'un autre fleuve sacré, à Varanasi. le
Gange...
Alors je suis parti aux aurores installer mon fessier et
mes longues jambes dans un bus local, direction la frontière. Une
heure puis deux passèrent à descendre et à monter en longeant les
précipices, puis le bus s'arrêtât.
S'immobilisa derrière une
longue file de véhicules tandis qu'une fumée s'envolait vers le
ciel au loin.
Je suis donc descendu du bus
"qu'est
ce qui se passe?" demanda ivan
" ce sont les maoïstes"
lui répondit un indien "malgré l'arrêt des grèves, ils ont
quand même décidé de montrer qu'ils étaient toujours là, et ils
ont fait brûler deux bus touristiques pour bloquer la route, et
'armée qui n'est qu'à quelques kilomètres ne se
déplace même
pas »
Après
une heure d'attente , en un brusque mouvement, tout le monde se
précipite dans les bus, la route est débloquée.
La route est de
pire en pire, poussière et caillasses, mais après deux heures comme
ça, on se retrouve de nouveau sur le macadam, et là,
à ce
moment là,
après 7 heures de route,
je m'aperçois que j'ai
oublié ma carte bleue à Katmandu...
suite au prochain
épisode,
dites moi un peu ce qu'il va se passer, que
vais je
faire, comment vais je réagir???
11 décembre 2008
Enfin...
Hum,
hum, mes doigts fatigués reprennent la route du clavier pour
poursuivre leurs pérégrinations intempestives...
Bon, il est
temps pour moi de me reposer un peu, et Pokharra va être le lieu de
mon repos, j'y attends mon amie, marie laure, dite kupu kupu, dite
mafalda, bon,
elle est un peu en retard mais ça me permet de
glander délicieusement dans le jardin ensoleillé de ma guesthouse,
entouré de fleurs et de papillons,
finalement la kupu arrive de
trek et on passe quelques jours bien agréable à rire comme des
baleines et à discuter en français, ça fait du bien de laisser shaekspeare
pour molière.
Mais hélas dans ce petit lieu de quiétude, plein
de soleil, de lacs, et de montagnes j'ai le malheur d'ouvrir mes
mails un triste jour pluvieux pour apprendre la mort de mon ami
Bertrand Boulard, le loulou est parti, il a sauté du train et nous
nous continuons notre route, j'ai pas mal cogité pendant tous ces
jours, repensé aux vacances passées ensemble,
aux discussions,
aux soirées, à ses grands ça va tiiii????,
et
voila qu'il n'est plus là,,,,
Alors, alors j'ai pris un drapeau
de prière bouddhiste de toutes les couleurs,
mon sac,
ma boussole,
une carte,
et je suis parti dans la montagne avec mon bâton de voyageur,
seul.
J'ai
marché à travers les sentiers,
parcouru des villages accrochés à flancs de montagne,
bu du raxi et rigolé avec les gens que je pouvais croiser,
j'ai fait travailler mes jambes l'une après l'autre dans un effort concerté,
vu les paysans travailler la terre dans les champs en terrasse,
vu
le soleil se coucher et se lever et tout illuminer d'une saveur
orangée,
pourpre et violette,
j'ai
vu le ciel le plus bleu du monde se découper sur la blancheur des
cimes
himalayennes,
j'ai vu des singes a tète bleue virevolter dans les arbres,
senti l'odeur des cuisines dans les maisons en terre ocre,
vu les femmes en sari de toutes les couleurs travailler dans les champs,
la faucille a la main,
j'ai vu toutes ces terrasses dévaler les pentes comme un escalier asymétrique, un peu dingue, mais d'une beauté renversante,
j'ai senti l'atmosphère devenir plus tenue au fur et a mesure que je grimpais vers les sommets,
j'ai senti aussi le froid mordant sur mes orteils dès que le soleil disparaissait derrière les montagnes,
et
finalement,
j'y suis arrivé,
en
plein coeur du sanctuaire des annapurnas, au camp de base de
l'annapurna
de la neige partout, et le ciel en pleine journée
d'un bleu si électrique qu'il t'oblige presque à baisser les yeux,
juste
en face de moi le vent sur la crête fait naître des tourbillons de
neige, comme si les
esprits de la montagne s'amusaient dans de
folles farandoles.
Alors, alors j'ai posé mon sac,
ma boussole,
ma
carte
et mon bâton de voyageur,
et je n'ai gardé que les drapeaux multicolores,
et je suis allé les installer sur un promontoire rocheux,
juste au pied des montagnes,
de ces sommets qui culminent a plus de 8000 mètres,
je l'ai déployé, comme on hisse les voiles d'un bateau elfique,
et à chaque drapeau j'ai donné le nom d'un ou d'une de ses amis et de sa famille,
et tout ça a commencé à claquer au vent,
emportant nos voeux vers un ailleurs qui n'existe pas,
mais j'ai fait ça pour lui,
pour moi,
pour toi,
pour nous ,
pour
que notre train continue a glisser sur les rails de la vie...
voila
ce que j'ai fait.
après
je
suis redescendu
de la montagne
les yeux grands
ouverts
heureux
de ces paysages
de ces gens
de ces
couleurs
de ces senteurs
de toute cette vie
et toi dis
moi
comment te sens tu?
mon ami,
mon lecteur?
mon
poto...
bises a toi,





